De l’outdoor brut et tendance

on oct 13, 15
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by vava
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De l’outdoor brut et tendance

Par Marielsa Salsilli

Purs produits de «l’économie circulaire», ces meubles presque entièrement issus d’une «récup» ingénieuse, 

se démarquent par leur concept, leurs volumes et leur sobriété fantaisiste.

Ils sont imposants, confortables et solides, dotés d’une vraie structure, faite pour durer. Et pour autant, l’élégance est au rendez vous. Touches de couleurs impertinentes, détails qui savent nous surprendre, lignes sobres et épurées. Intemporels. Ni rustique, ni moderne, leur design les démarque du déjà-vu.

Peut être parce que leur originalité est issue de la magie et de la simplicité d’une rencontre, d’une histoire. Histoire de pommes. Région agricole, où les rangées de pommiers, qui achalanderont nos étals urbains, s’étirent vers l’horizon indigo des champs de lavande du Vaucluse. L’ère du tout plastique a rattrapé ces lieux reculés. Et les énormes caisses en bois, les palox (voir encadré), qui servaient à cueillir les pommes, se retrouvent inertes, désoeuvrées, oubliées.

Quand, sous les mains expertes de Valérie et Didi, les «Lulu», elles sont désossées, poncées, cirées, et que les bois massifs qui les constituent révèlent leurs nuances, la douceur de leur grain, leurs improbables motifs, c’est une autre histoire qui commence.

Jusque là, les créations de cette décoratrice et de cette graphiste, consistaient à donner une deuxième vie à des meubles des années 30 à 70, glanés sur les brocantes, ou abandonnés au coin d’une rue. C’est ainsi que Recup’Lulu1 est créée en 2012, pour récupérer et réinventer «le meuble que personne n’A». «Récup Lulu»… le nom même de cette petite entreprise a le charme désuet de la légèreté et du vintage bien assumés. Le formica, le meuble industriel ne les arrête pas. Tout est motif à s’amuser, surprendre, oser des créations teintées d’humour et de fantaisie. Avec ces deux créatrices, rien n’était figé. L’objet peut être détourné de sa destination initiale, au gréé de l’imagination du moment. Des dizaines de meubles, voués à la destruction, ont ainsi retrouvé une seconde vie, chique et poétique. Pour le plus grand plaisir des acquéreurs de ce mobilier unique, qui vient apporter une touche «Art déco» à leur intérieur. «C’est une joie de redonner sa chance à un meuble abandonné» déclarent elles.

L’activité prend un virage décisif quand une des jeunes femmes décide d’installer, en respectant un budget serré, un espace détente, spacieux et confortable, pour recevoir amis et connaissances, qui passent et s’invitent sans discontinuer, dans sa maison accueillante. Le premier canapé «outdoor», issu de «palox» agricoles est né. Le «bouche à oreille» remplit peu à peu leur carnet de commandes. En moins d’un an, elles doivent abandonner leurs autres activités, pour répondre à une demande qui se diversifie, mais reste centrée sur le concept qui les différencie : des meubles sur mesure, composés à partir de cubes en bois, valorisés et remaniés.

Les élégantes Lulus sont devenues au fil des mois des menuisières des temps modernes, armées de leurs scies, foulards et combinaisons. Comme dans leur premier concept, l’objet recyclé devient le catalyseur de leur créativité. Il fournit l’esprit et la matière du futur meuble. L’impact visuel changeant de la structure, à chaque étape du démontage du «palox», est une source

continuelle d’inspiration. La spécificité de chaque planche, robuste ou fine, en hêtre, pin ou chêne, vierge ou «tatouée» du nom du propriétaire de domaine… est également génératrice d’idées. Chaque élément (dos, pied, montant…) révèle son identité propre et trouve son usage spécifique dans la nouvelle composition. Tout est réutilisé. Ce qui demande un travail de précision, pour un rendu professionnel, à partir de tant de variabilité. «Le détournement d’usage, de l’agriculture à la décoration, reste une surprise toujours renouvelée» témoignent les jeunes femmes.

La matière première, originellement destinée à la destruction, devient ainsi la clé et le moteur du projet, sans enfermer le créateur dans les limites d’une forme définitive. La multiplicité des potentialités est libérée par la simplicité et la répétitivité des formes de base, un peu comme dans les «Kapla» ou les «Légo». «Dans son exigence et sa simplicité, ce travail nous fait évoluer nous même», déclare Valérie.

Le design des produits est encore en pleine évolution. Avec néanmoins des tendances esthétiques qui s’affirment : bois brut sublimé, insertion de lames métalliques mates, patine grisée, lignes sobres. Le rendu final a parfois quelque chose du loft industriel. Le meuble devient créateur d’ambiance. Notamment , grâce à la conception et à la fabrication, à la carte, des éléments de finitions. La composition de la teinture du bois ne nous sera pas révélée, mais elle incorpore des matériaux naturels, comme la terre ou la cendre. Des motifs textiles sont créés spécialement pour certains clients et imprimés sur des cotons biologiques. La cire d’abeilles pure donne un velouté incomparable au toucher final.

Même si les meubles et éléments de décoration ainsi créés peuvent trouver une place assumée dans des intérieurs privés spacieux, et pour de l’aménagement d’espaces publiques ou tertiaires (voir les encadrés), la destination privilégiée de cette gamme de produits semble être l’aménagement extérieur. Une collection «outdoor» devrait voir le jour, d’ici l’été 2015. La gamme proposée est large. Une offre pour des «espaces détente», comportera le mythique canapé qui a lancé l’entreprise, mais aussi des fauteuils, des assises en L, des poufs et des tables basses. Une offre «convivialité» permettra de s’équiper de grandes tables, bancs, bar, «mange-debout»…

Tout cela pour quels types de lieux et de clients? Ces meubles trouveront leur place dans de grandes maisons en bois ou en éco construction. Auprès de trentenaires ou quadragénaires branchés, qui aiment recevoir en plein air, tout en étant désireux de revenir à des objets simples, solides, durables. Le bois brut, rehaussé d’aluminium, s’accordera parfaitement à une terrasse en bord de mer, à une maison secondaire en pleine nature… Bref à l’envie de cocooner, blotti(s)dans un canapé aux dimensions généreuses, offrant le contact de matières saines et naturelles.

Si le poids est le principal inconvénient des meubles issus de ce concept, il est aussi le garant de leur qualité. Voici le retour d’éléments d’aménagement massifs. On sort du meuble jetable, fabriqué à bas prix, et dont il vaut mieux qu’il soit rapidement démodable, pour justifier son usure et la nécessité de le remplacer. On sort aussi du meuble interchangeable, qui fait ressembler notre intérieur à celui de n’importe quelle famille japonaise ou canadienne. On ne citera pas l’entreprise… Le côté sur mesure de la prestation, permet d’acquérir des meubles de caractère, auxquels ont peut d’identifier, bref qui nous ressemblent.

Et pour les consommateurs soucieux d’acheter éthique et équitable, voila un produit artisanal, «made in France», à partir de matériaux locaux et naturels, et de procédés écologiques. Cette entreprise offre un bel exemple d’économie circulaire2, tout en évitant l’écueil habituel dans le recyclage : l’amateurisme, le manque d’esthétique, l’absence de gammes référencées de produits.

La recherche de fonctionnalité et d’équilibre dans les formes et les teintes, l’élégance et le soin apporté aux finitions, contribuent à la beauté de cette offre, qui n’a de «récup’» que l’origine. «Des meubles de caractère, dans l’air du temps. Simples et beaux» résume Vincent, un de leurs clients. Dans la lignée des designers contemporains, ces modestes créatrices ont su générer la demande, au lieu de s’y conformer. Sans abandonner l’esprit et la fantaisie qui ont présidés à leurs premières créations, elles ont su développer une gamme qui a de l’avenir, en laissant le matériau les inspirer.

1. Vous pouvez voir les créations de Recup’Lulu sur Facebook ou sur le site www.recuplulu.fr

2. L’économie circulaire est un concept de développement durable, issu de «l’écologie industrielle», dans lequel le déchet d’une industrie est recyclé en matière première pour une autre, afin de limiter l’usage des matières premières.

Quand, sous les mains expertes de Valérie 

et Didi, les «Lulu», 

elles sont désossées, poncées, cirées, et que les bois massifs qui les constituent révèlent leurs nuances, la douceur 

de leur grain, leurs improbables motifs, 

c’est une autre histoire qui commence.

Témoignage de la nouvelle

Biocoop près d’Annecy

Les créatrices de Recup’ Lulu aménagent la zone «snacking»

C’est un coup de coeur, des étagères réalisées à partir de cagettes agricoles, qui nous ont donné envie de confier l’aménagement de la zone restauration du magasin à Recup’Lulu» confient Valérie et Frédéric Sarnette, associés au projet de création d’un nouveau magasin du réseau Biocoop, en Haute Savoie*.

Cette zone de 80m2 se devait d’être aménagée conformément aux valeurs éthiques et écologiques que portent l’enseigne Biocoop. Le «Made in France» et les matériaux écologiques étaient donc de rigueur pour cet espace restauration, une première pour ce type de magasins. «Faire travailler en direct de petits artisans, proposant une prestation simple et de qualité, à un coût accessible, nous permet d’être cohérents par rapport à nos engagements de commerce équitable vis à vis des producteurs, et de réduction des marges vis à vis des clients» précise Dominique Gueneau, l’actionnaire principale du projet. L’utilisation de matériaux recyclés, et le choix de procédés écologiques pour les finitions et les textiles, ont aussi pesé en faveur de cette société.

«Les meubles sont massifs, solides et beaux» se réjouit la direction du magasin. Des caractéristiques qui ont une valeur symbolique, dans ce temple de la consommation responsable : «on ne pouvait se permettre de s’équiper autrement qu’avec des meubles durables et de qualité».

Le travail «sur mesure» permet de disposer d’un aménagement original et parfaitement adapté au lieu : couleurs en accord avec les teintes retenues pour l’aménagement du bâtiment, disposition optimale, ergonomie adaptée aux besoins de la clientèle… 

Le résultat est chaleureux, propice à un moment de dégustation, contribuant à l’ambiance «gourmande», par laquelle ce nouveau magasin souhaite se démarquer. 

«Ces créatrices ont un goût exquis et elles sont très professionnelles. Leur gamme reste très abordable pour un professionnel. L’esthétique «brute» peut ne pas plaire à tout le monde, mais la forte personnalité de leur offre devrait rencontrer son public dans l’outdoor, les espaces publiques et commerciaux» conclut le client, ravi du résultat. Cet aménagement, inauguré le 29 janvier dernier, est une vitrine, qui donne à voir la capacité de cette jeune entreprise à s’adapter à un cahier des charges, avec originalité et professionnalisme.

* «La bio du Semnoz» zone commerciale Gap-Periaz (74). Le réseau Biocoop est un réseau indépendant de producteurs, de transformateurs et de distributeurs de produits biologiques.

Témoignage d’Angélique Wegvyn, de la Communauté de communes «Luberon Monts de Vaucluse»

«Recup’Lulu prouve que la récup’ 

ça peut être beau!»

«Recup’Lulu a meublé, en un temps record, les 40m2 d’espace «accueil», de notre nouvelle déchetterie. Nous tenions à ce que cet aménagement se fasse dans le cadre de l’économie circulaire, afin d’être cohérents avec l’esprit du projet. 

En effet, la collectivité s’est engagée, depuis 2011, dans un projet ambitieux de réduction des déchets à la source. Pour atteindre, en 2016, les objectifs fixés, nous développons des actions de sensibilisation pour réduire les emballages et développer le compostage des déchets de cuisine. Nous allons ouvrir une «recyclerie» et avons créé en 2013 « Ma déchetterie verte», pour recycler les déchets verts en paillis végétal, utilisable dans les jardins et les espaces verts.

L’aménagement réalisé par Recup Lulu permet de familiariser les acteurs locaux à l’intérêt du recyclage, comme source de réduction des déchets, et de se défaire des a priori négatifs sur ce sujet. Sandrine et Valérie valorisent, par la qualité et le caractère artistique de leur travail, le concept même de récupération, en démontrant son intérêt économique, écologique et social, sans sacrifier à l’esthétique. La récup’ ce n’est pas forcément du bricolage «cheap» . Ça ré-ouvre, au contraire, le champ des possibles».

Qu’est ce qu’un palox ?

Il s’agit d’une caisse-palette en bois, utilisée dans le domaine agricole, destinée au stockage et à la conservation de fruits, légumes et pommes de terre.

L’origine du mot vient de la contraction des anglicismes, «pallet» et «box», qui devient palox ou pallox.

D’une capacité pouvant aller jusqu’à 2.5 tonnes, les palox sont conçus pour être superposés sur de grandes hauteurs, dans des chambres froides ou des bâtiments isolés

 

 


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